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DU ROUGE (ET DU VERT) DEMAIN POUR LES GILETS ?

Le gilet jaune est techniquement un vêtement de haute visibilité. Le moins que l’on puisse dire : ces derniers temps, il a rempli son rôle. Même si les spécialistes considèrent que c’est celui qui se voit le mieux, notamment la nuit, il pourrait cependant être orange, vert ou rouge, à en croire le Code de la route. L’essentiel est qu’il provoque la réflexion. Là aussi c’est assez réussi.

À vrai dire, au niveau symbolique, le mouvement des gilets jaunes n’a pas de chance. Dans notre monde occidental, le jaune est une couleur infamante. Mauvaise réputation injustifiée sans doute, mais qui lui colle à la peau. Certains font remonter cela à la trahison de Judas. Il aurait vendu Jésus pour une poignée de pièces d’or, c’est-à-dire pour quelque chose qui brillait jaune au creux de sa main. Depuis, le pauvre jaune en a vu de toutes les couleurs. Traître, briseur de grèves, menteur, cocu. Quand il se marre, il rit jaune. Quand il est malade, il a le teint jaune citron. En automne, les feuilles jaunissent et tombent raides mortes. Bref, le jaune sent le soufre et le soufre ça ne sent pas très bon.

Un mouvement peut-il longtemps évoluer affublé d’une telle étiquette ? Déjà les augures, bons ou mauvais, lui prédisent une métamorphose : il va pencher vers le brun – couleur particulièrement maléfique surtout lorsqu’elle est portée en chemise -, le noir – qui, paraît-il, est autre chose qu’une couleur -, le bleu ou bien le rouge.

Personnellement, c’est cette dernière couleur que je préférerais. Pas celle bien sûr des foulards rouges, soutiens abusifs et contre-nature du régime macronien. Le vrai rouge, celui qui se voit de loin et véhicule une histoire et des projets qui ont de l’ardeur. Le rouge, ça ne chipote pas, ça lutte des classes. Ça révolutionne énergiquement et ça vise l’égalité. Notre société foncièrement injuste en a vitalement besoin. Elle a tenté le bleu de la droite classique, puis le rose-PS, mais cela ne lui a pas trop bien réussi ; aujourd’hui, après une élection par défaut, elle a hérité d’une tonalité faussement neutre, presque indéfinissable, à présent délavé. Il lui faut des passions nouvelles, des convictions profondes. Le sens du partage en tout cas.

Oh ! doucement, vous oubliez le vert ! Les écolos conscients vous le diront, pas de justice sociale sans sauvetage de la planète et vice-versa. Comme par hasard, le vert est d’ailleurs la couleur complémentaire du rouge. De quoi régler les problèmes des daltoniens. Coloris plus paisible, aux petits soins avec notre monde déglingué. Ce n’est pas pour rien que les croix des pharmacies sont vertes. Par superstition, les comédiens n’aiment pas porter du vert, car Molière serait mort sur scène en habit de cette couleur. Mais nous ne jouons pas la comédie. Nous sommes même très sérieux.

Et puis, argument décisif, le vert est symbole d’espérance et de chance. Indispensable dans les moments difficiles où il faut se ressourcer et lancer des paris que l’on n’est pas sûr de réussir.

Alors, pour toutes ces raisons et d’autres que les experts en tonalités, on les appelle les coloristes, ne manqueront pas de dénicher, les gilets jaunes vont-ils se fâcher tout rouge et tout vert ? Ou, pour rester dans la métaphore automobile du début, passer au vert et griller le rouge ?

L’histoire galope de plus en plus vite et repasse rarement les plats. Chiche, changeons de coloris, comme on change de vitesses ! Annonçons la couleur !

Denis Langlois

Gilet rouge. Et si la révolution était possible (Denis Langlois) Peinture de Colloghan.

Et si la révolution était possible

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